lundi 25 mai 2009

Face à la crise, créer de nouvelles solidarités

Edito de Résolument Jeunes, mois de Mai 2009
Yonnec Polet

La crise actuelle va encore aggraver une situation déjà très difficile pour nombre de nos concitoyens. Avec les annonces de nouveaux licenciements, de restructurations, de fermetures ou de délocalisations, les travailleurs sont inquiets pour leur avenir. Selon les chiffres recueillis par la FGTB sur le terrain, on compte 24.494 licenciements annoncés entre janvier 2008 et mai 2009. Le nombre de travailleurs en chômage temporaire a augmenté de 97,38% entre avril 2008 et avril 2009 et le nombre de jours de chômage temporaire a, lui, pour la même période, augmenté de 150,79%.

Ne pensons pas que la situation avant la crise était rose pour autant. Bon nombre de personnes à Bruxelles et en Wallonie vivent des situations de grande détresse sociale. On y constate un accroissement sensible des demandes d’intervention pour les soins de santé, y compris par des personnes qui ne peuvent bénéficier du Revenu d’intégration (minimex ou équivalent). Nombre de personnes par ailleurs ont fait une demande de remboursement des médicaments auprès de leur CPAS. Face à la crise du logement, les CPAS sont de plus en plus sollicités pour permettre le paiement de garanties locatives. Autre signe de fragilité sociale accrue : l’augmentation du nombre de bénéficiaires d’une aide pour se chauffer et s’éclairer un minimum. Tout laisse à craindre que cette situation s’aggravera encore dans les semaines à venir.

A la source de cette crise, on pointe du doigt le creusement des inégalités de richesses, en particulier aux Etats-Unis. Dans un contexte d’augmentation des inégalités, l’endettement des ménages aurait été le moyen pour maintenir la consommation, la demande et donc les profits des entreprises. Les gens sont incités à s’endetter pour maintenir leur niveau de vie. D’un côté, compression des salaires alors que dans le même temps on pousse à la consommation ceux là mêmes qui sont privés d’un revenu décent. Voilà la nouvelle contradiction du capitalisme anglo-saxon. En Belgique, la part des salaires dans le PIB a fortement chuté, passant de 57 à 51% depuis 1981. La rémunération des salariés n’a cessé de diminuer par rapport aux autres revenus et la réforme fiscale n’a rien fait pour corriger cela.

Que la crise soit liée à l’augmentation des inégalités et au mode de croissance des trente dernières années n’est pas une loi de la nature. C’est une idéologie poussant au profit immédiat qui en est la cause ; les libéraux faisant le choix politique de préconiser tant et plus le laisser-faire sur les marchés financiers. La déréglementation financière, la croissance du crédit et l’énorme concentration de richesses qui en a résulté a donné à la finance un poids économique et politique sans précédent. Protégé, voire encouragé, le secteur financier s’est lancé à corps perdu dans des investissements des plus en plus hasardeux et des montages financiers de plus en plus risqués.

La crise actuelle doit être l’opportunité d’une réflexion sur le modèle de société que nous souhaitons. Un modèle donnant le primat au politique, avec un secteur financier qui prenne moins de place dans le système économique et politique ou le modèle néolibéral, fait de libéralisation et de dérégulation qui nous a mené droit à la crise ? Mon choix est fait, je choisi la première option. Mais il faut faire vite, on ne se saurait attendre. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) annonce déjà 25 millions de chômeurs supplémentaires dans les pays industrialisés. Que dire de la passivité du Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ou de la Chancelière allemande, Angela Merkel, qui estiment que la crise est passagère et que les mesures prises sont suffisantes. C’est pourtant de mesures exceptionnelles que nous avons besoin. Investir dans l’économie verte et de la connaissance, lancer des travaux d’infrastructures, des grands chantiers en faveur de l’enseignement, pérenniser les services publics, réguler les marchés financiers ….

Dans ce contexte difficile, il nous semblait pertinent de consacrer ce numéro de Résolument Jeunes à la crise et son impact, ici et ailleurs. Son impact sur la citoyenneté, sur la politique de développement, ou encore sur la politique européenne.

Alors qu’en période de crise vient rapidement le réflexe de se tourner vers les anciens pour dernier recours, j’aimerai que l’on fasse également confiance à la jeunesse. Cette jeunesse des quartiers qui rêve d’un avenir meilleur que le passé de ses parents, alors que c’est tout le contraire qui les attend. Parce que c’est là également que se joue notre avenir. Rappelons-nous que la pauvreté et la misère nourrissent les extrémismes et sont les premières causes de conflit.

Les échéances électorales régionales et européennes du 7 juin approchent, nous avons là une fenêtre d’opportunité pour proposer un autre modèle de développement économique et de répartition de la richesse. On ne pourra donc se contenter d’un simple retour à la situation antérieure. Trop de gens souffraient déjà de précarité.

A nous de construire une économie au service de l’homme, plus verte, et qui réponde aux besoins du futur. Voilà pourquoi je suis socialiste et que je choisirai toujours la solidarité et la redistribution et le respect de la dignité humaine. Et toujours, chevillé au cœur, l’envie de changer la société.

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